Quelle température pour souder en électronique ?

300, 350 ou 380 °C ? Le bon réglage selon l'alliage et la taille du point.

Mis à jour le 8 July 2026·8 min de lecture·Atelier Soudure Élec Pro

Quelle température pour souder en électronique ?

« Je règle mon fer à combien ? » — la question universelle. La réponse courte : 310 °C en plombé, 340 °C en sans-plomb pour du traversant classique, puis on ajuste selon la masse thermique. La réponse complète, avec les vraies raisons, tient dans ce guide et dans notre tableau de référence des températures.

Comprendre : fusion ≠ consigne

Le Sn63Pb37 fond à 183 °C, le SAC305 à 217 °C. Pourquoi régler le fer 120 °C plus haut ? Parce que la consigne compense les pertes : la jonction absorbe la chaleur, le cuivre l’évacue, le contact panne-pièce est imparfait. La marge permet un joint en 2-3 secondes — assez vite pour que le composant et la pastille ne souffrent pas. C’est le paradoxe du soudage : un fer plus chaud utilisé brièvement agresse moins qu’un fer tiède qu’on laisse traîner.

Les réglages de base par alliage

Alliage Fusion Consigne traversant Consigne CMS Grosses masses
Sn63Pb37 / Sn60Pb40 183 °C 300–320 °C 280–310 °C 350–370 °C
SAC305 217–220 °C 330–350 °C 300–330 °C 370–390 °C
Sn99,3Cu0,7 227 °C 340–360 °C 310–340 °C 380–400 °C
Sn42Bi58 (basse T°) 138 °C 220–250 °C 210–240 °C

Ajuster selon la masse thermique : la vraie variable

La température se règle moins selon le composant que selon ce qui évacue la chaleur :

  • Pastille isolée, petit composant : réglage de base, panne moyenne ;
  • Pastille reliée à un plan de masse : +30 à +50 °C et panne massive — c’est le trou qui « ne veut pas fondre » ;
  • Cosses, blindages, fils épais : 370-400 °C, panne burin, voire fer plus puissant ;
  • Carte multicouche épaisse : préchauffage global à 100-150 °C plutôt que consigne extrême.
Le bon test : si le joint se forme en 2-3 secondes, votre réglage est bon. S’il faut 5 secondes ou plus, il manque de la température ou de la surface de contact (panne trop fine — le cas le plus fréquent). S’il se forme en moins d’une seconde avec des éclaboussures de flux, baissez.

Ce que « trop chaud » abîme vraiment

  • La panne : au-delà de 370 °C en continu, l’oxydation s’emballe et le placage s’use — les pannes noircies en un mois viennent de là ;
  • Le flux : il carbonise instantanément au lieu de décaper, d’où des joints… plus difficiles ;
  • La pastille : la colle du cuivre se dégrade dès 300 °C prolongés — chauffe longue = pastille qui se soulève ;
  • Le composant : la plupart tolèrent 260 °C/10 s au boîtier ; un point bref à 350 °C sur la patte reste inoffensif, une insistance de 15 secondes non.
Réglage de la température d'un fer à souder sur station
Une consigne stable et une panne adaptée valent mieux que 30 °C de plus.

Régler une station sans thermomètre

Les afficheurs mentent parfois de ±20 °C selon la qualité de la station et l’usure de la panne. Méthode empirique fiable : partez de 300 °C (plombé), soudez un joint test sur une carte de rebut ; s’il faut pousser le fil contre la panne pour qu’il fonde, montez par pas de 10 °C jusqu’à obtenir la fusion franche en 2 secondes. Notez la consigne par type de travail — elle devient votre étalonnage personnel.

Cas particuliers

  • Dessoudage : +30 °C par rapport au soudage, car tresse et pompe pompent des calories (guide dessoudage) ;
  • Composants sensibles (LED, capteurs, plastiques) : consigne basse + travail rapide + pince dissipatrice sur la patte ;
  • Air chaud : 280-330 °C de température d’air pour du CMS courant, débit doux — au-delà, les boîtiers plastiques gondolent ;
  • Fils et cosses : voir souder deux fils — la puissance y compte plus que la consigne.

Le trio température-durée-surface : la vraie équation

La qualité d’un joint dépend de l’énergie transférée, produit de trois facteurs : la température de consigne, la durée de contact et la surface d’échange panne-pièce. On peut compenser l’un par les autres — c’est tout l’art du réglage : une panne burin à 320 °C transfère plus qu’une conique à 380 °C, en agressant moins. Face à un joint récalcitrant, la hiérarchie des réponses est donc : 1) plus de surface (panne plus large, goutte d’étain de contact), 2) plus de flux, 3) seulement ensuite plus de degrés. Les soudeurs expérimentés changent de panne plus souvent qu’ils ne touchent au thermostat.

Mesurer la vraie température de sa panne

Entre l’affichage et la pointe, l’écart peut atteindre 30 °C sur les stations économiques (capteur loin de la pointe, panne usée, contact oxydé). Pour étalonner : les thermomètres de panne à thermocouple (type 191/192, 15-30 €) donnent la valeur réelle en posant la pointe étamée sur le capteur. Sans instrument, le test des repères de fusion fonctionne : le Sn63 fond franchement à 183 °C, le SAC305 à 217 °C — une panne annoncée à 250 °C qui peine à fondre du SAC305 ment d’au moins 20 degrés. Notez l’offset constaté et appliquez-le à vos consignes, ou utilisez la fonction de calibration si votre station en dispose.

Basse température : quand et pourquoi descendre

Trois familles de travaux justifient les alliages basse fusion (Sn42Bi58, 138 °C) : les composants sensibles (modules récepteurs, plastiques optiques, LED de puissance sur semelle), les supports fragiles (films souples, claviers membrane) et le dessoudage assisté de boîtiers multi-pattes. Contreparties à connaître : joints plus cassants (à éviter sur ce qui vibre), incompatibilité avec les hautes températures de service, et nettoyage rigoureux après un usage en dessoudage. Le tableau complet des alliages avec leurs points de fusion est dans notre page de référence.

Panne de fer étamée à température de travail
La bonne température se lit sur le joint, pas seulement sur l’afficheur.

Cas concret : régler sa station selon le travail

Une bonne station se règle en fonction du joint, pas une fois pour toutes. Pour du CMS fin, on peut descendre vers 300-320 °C (plombé) car la masse à chauffer est minime ; pour un plan de masse qui pompe la chaleur, on monte un peu ou, mieux, on change pour une panne plus large qui transfère davantage sans surchauffer. La règle d’or : face à un joint récalcitrant, augmenter la surface (panne, goutte de contact) et le flux avant d’augmenter les degrés. Les soudeurs expérimentés touchent plus souvent à leur panne qu’à leur thermostat.

L’écart entre l’affichage et la pointe

Sur les stations économiques, l’écart entre la température affichée et la température réelle de la pointe peut atteindre 30 °C (capteur éloigné, panne usée, contact oxydé). Un thermomètre de panne à thermocouple donne la valeur réelle ; à défaut, les repères de fusion aident : le Sn63 fond à 183 °C, le SAC305 à 217 °C. Une panne annoncée à 250 °C qui peine à fondre du SAC305 ment d’au moins 20 degrés. Notez l’écart constaté et corrigez vos consignes.

Les erreurs de température à éviter

  • Monter au maximum « pour aller plus vite » : le flux brûle avant d’agir, l’étain boule, la panne s’oxyde.
  • Rester trop bas : le joint traîne, la chaleur se diffuse au composant plus longtemps.
  • Ne jamais nettoyer la panne : une panne oxydée ne transfère plus, on croit à tort manquer de degrés.

La température n’est qu’un des leviers du joint réussi : surface de contact et flux comptent autant, souvent plus. Le bon soudeur module d’abord sa panne et son flux, puis les degrés en dernier. Gardez à l’esprit qu’une panne propre et bien étamée à 330 °C bat presque toujours une panne oxydée poussée à 400 °C.

Questions fréquentes

Pourquoi mon fer à 400 °C soude-t-il moins bien qu’à 330 °C ?

À 400 °C, le flux carbonise avant d’avoir décapé la surface : l’étain ne mouille plus et fait des boules. La panne s’oxyde aussi en quelques minutes, dégradant le transfert thermique. Redescendez, nettoyez la panne, réétamez : tout rentre dans l’ordre.

Quelle température pour ne pas griller un composant ?

Le standard industriel tolère 260 °C pendant 10 s au niveau du boîtier. La patte, elle, supporte très bien un contact bref à 350 °C : la chaleur n’a pas le temps de remonter. Le vrai danger est la durée, pas la consigne — visez toujours un joint en moins de 4 secondes.

Les fers premiers prix sans réglage, on les règle comment ?

On ne peut pas : ils oscillent entre 350 et 450 °C selon la charge. On compense en travaillant très vite et sur du non-critique. Dès que possible, passez à un fer régulé — c’est l’achat qui change tout (voir notre guide matériel).

Faut-il changer de température selon le composant ?

Oui : on descend pour le CMS fin, on augmente la surface (panne large) plutôt que les degrés pour les plans de masse. Le bon réflexe est de moduler panne et flux avant le thermostat.

Ma station affiche 350 °C mais soude mal, pourquoi ?

La pointe est peut-être bien plus froide que l’affichage (capteur éloigné, panne usée ou oxydée). Nettoyez et réétamez la panne ; si le problème persiste, mesurez avec un thermomètre de panne et corrigez l’écart.

Une panne oxydée change-t-elle la température ressentie ?

Beaucoup : une panne oxydée transfère mal la chaleur, on croit manquer de degrés alors qu’il faut nettoyer et réétamer. Le nettoyage passe avant l’augmentation de consigne.

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