Un TQFP-100 au pas de 0,5 mm semble infaisable au fer — il est en réalité plus rapide à souder qu’un SOIC, grâce au drag soldering : on traîne une vague d’étain le long des pattes et le flux fait le tri. Dix minutes de méthode, et ce boîtier cesse d’être intimidant.
Préparation : 80 % du résultat
- Pastilles propres et planes : si vous remplacez un circuit, nettoyez à la tresse + flux, les pastilles doivent être lisses ;
- Repérage de la patte 1 : point sérigraphié sur la carte, détrompeur sur le boîtier — un QFP soudé tourné de 90° se dessoude très mal ;
- Flux gel généreux sur les quatre rangées de pastilles ;
- Fer 300-330 °C, panne biseau 2 mm ou mini-vague, fil 0,5 mm, tresse fine, binoculaire ou forte loupe.
Étape 1 — Aligner et ancrer
Posez le circuit, alignez les quatre côtés à la loupe (chaque patte sur sa pastille — un décalage d’une demi-patte se voit par la symétrie des débords). Ancrez une patte de coin : pointe d’étain sur la panne, contact bref. Vérifiez l’alignement, corrigez en refondant si besoin, puis ancrez le coin diagonalement opposé. À partir d’ici, plus rien ne bouge.
Étape 2 — Le drag soldering
- Rechargez le flux sur le côté à souder ;
- Chargez la panne d’une goutte d’étain (2-3 mm de fil fondus dessus) ;
- Posez la panne à plat sur les extrémités des pattes, en début de rangée ;
- Traînez lentement (5 mm/s) le long de la rangée, en laissant la goutte lécher chaque patte — le flux distribue l’étain de patte en patte et la tension de surface empêche les ponts ;
- En bout de rangée, sortez « dans le vide » pour emporter l’excédent ;
- Rangée suivante : re-flux, re-goutte, même geste.

Étape 3 — Contrôler comme un pro
- Inspection optique en lumière rasante, côté par côté : chaque patte doit montrer un ménisque d’étain net entre patte et pastille ;
- Test du crochet : passez délicatement une aiguille le long des extrémités — une patte non soudée « sonne » différemment et bouge ;
- Multimètre en mode diode entre pattes voisines pour traquer les courts (attention aux liaisons légitimes du schéma) ;
- Nettoyage alcool isopropylique + brosse, puis seconde inspection — les défauts se cachent sous le flux brûlé.
Retirer un QFP proprement
Au fer seul, deux options : l’alliage basse fusion (noyez les quatre côtés, le boîtier se libère à basse température) ou le fil de levage. À l’air chaud : flux, buse adaptée, 320-350 °C en mouvement, test de mobilité à la brucelle — sans tirer. Le retrait et la remise en état des pastilles sont détaillés dans dessouder un composant.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | Parade |
|---|---|---|
| Souder patte par patte | 2 heures, 40 ponts | Drag soldering |
| Ancrer sans vérifier l’alignement | Circuit décalé d’une patte | Contrôle 4 côtés avant le 2e ancrage |
| Flux radin | Ponts en série | Le flux se compte en couche, pas en pointe |
| Panne conique fine | Pas de réserve d’étain, chauffe locale | Biseau ou mini-vague |
| Pression sur les pattes | Pattes pliées, coplanéité perdue | La panne effleure, ne presse pas |
Prochaine étape de la progression CMS : les boîtiers sans pattes (QFN) à l’air chaud et à la pâte. Et si le circuit à remplacer est un BGA sur une carte de valeur, notre atelier s’en charge avec l’équipement profilé.
Remplacer un QFP : le cycle complet retrait-préparation-pose
Le drag couvre la pose ; en réparation, le cycle entier compte. Retrait : flux sur les quatre côtés, air chaud 330-360 °C en spirale, test de mobilité à la brucelle — jamais de traction. Préparation des pastilles : l’étape que les débutants sautent et qui décide de tout — tresse + flux pour aplanir chaque pastille, inspection (une pastille arrachée se ponte avant la pose, voir réparation de piste), nettoyage alcool. Ré-étamage léger : un voile d’étain frais sur les pastilles, pas des bosses. Pose au drag comme décrit plus haut. Compter 30-45 minutes pour un remplacement complet soigné — contre deux heures et des dégâts pour la même opération improvisée.
Le cas du pas 0,4 mm et des pattes en J
Sous 0,5 mm de pas (certains contrôleurs, connecteurs), le drag standard atteint sa limite : la goutte ponte plus vite que le flux ne sépare. Adaptations : panne mini-vague (sa réserve creuse dose mieux), étain uniquement sur la panne (plus d’apport direct), mouvement encore plus lent, et acceptation sereine des reprises à la tresse. Les boîtiers PLCC à pattes en J, eux, se soudent patte à patte au fer fin ou à l’air chaud — le drag glisse mal sur leur géométrie rentrante. Dans les deux cas, la binoculaire cesse d’être un luxe.
S’entraîner sans sacrifier de vraie carte
Deux terrains d’entraînement gratuits ou presque : les kits QFP dédiés (cartes d’exercice avec TQFP-44/64/100, quelques euros) et les cartes de rebut — box internet et décodeurs regorgent de TQFP à retirer puis reposer. L’exercice complet (retrait air chaud, préparation, re-pose au drag, contrôle électrique des continuités) répété trois fois vaut une journée de stage. Quand les trois cycles passent sans pont ni pastille levée, vous êtes prêt pour une carte qui compte — et pour la suite logique : les QFN du silo CMS.

Cas concret : le drag-soldering d’un QFP
Souder un QFP à pattes fines patte par patte est fastidieux ; le drag-soldering va bien plus vite. On aligne et on fixe le boîtier par deux pattes opposées, on badigeonne généreusement de flux, on charge une panne biseau d’un peu d’étain, puis on la fait glisser le long de la rangée : la tension de surface, aidée par le flux, dépose la juste quantité sur chaque patte et évite les ponts. Les ponts éventuels se retirent d’un coup de tresse. Le flux est ici absolument central : sans lui, le drag crée des ponts partout.
Alignement d’abord, soudure ensuite
La réussite d’un QFP se joue avant la première soudure : si le boîtier est mal aligné sur son empreinte, aucune technique ne rattrapera le décalage. On pose, on vérifie que chaque patte tombe sur sa pastille (à la loupe), on fixe deux coins opposés, on re-vérifie, puis seulement on drague le reste. Cinq secondes d’alignement épargnent dix minutes de reprise.
Les erreurs à éviter
- Négliger l’alignement initial : tout le reste est faussé.
- Trop peu de flux : ponts à répétition au drag.
- Trop d’étain sur la panne : ponts garantis.
- Pas de loupe : on ne voit pas les ponts fins.
Le QFP à pattes fines impressionne mais se dompte : tout se joue dans l’alignement initial et la générosité du flux. Le drag-soldering, une fois maîtrisé, transforme un travail intimidant en opération de routine. Prenez le temps d’aligner, chargez le flux, draguez : les ponts se nettoient d’un coup de tresse et le tour est joué.
Questions fréquentes
Drag soldering au plomb ou sans plomb ?
Les deux fonctionnent ; le plombé pardonne davantage (fusion basse, mouillage facile). En SAC305, montez à 330-350 °C, fluxez plus généreusement et traînez plus lentement. Les températures détaillées sont dans le tableau de référence.
Une patte s’est pliée pendant la manipulation, récupérable ?
Oui si elle n’a pas cassé : redressez-la à l’aiguille sous loupe, patiemment, en vous servant des pattes voisines comme référence de hauteur. La coplanéité doit être retrouvée avant soudage — une patte « en l’air » ne se soudera pas au drag.
Comment être sûr qu’il n’y a aucun pont invisible ?
Nettoyez le flux (les ponts adorent se cacher dessous), inspectez en lumière rasante sous deux angles, et testez électriquement les paires adjacentes en mode diode. Sur un montage qui redémarre en court-circuit, re-suspectez d’abord le QFP fraîchement posé.
Comment souder un QFP à pattes fines sans faire de ponts ?
Le drag-soldering avec beaucoup de flux : on aligne, on fixe deux coins, on drague une panne biseau chargée le long des pattes ; la tension de surface répartit l’étain. Les ponts résiduels partent à la tresse.
Faut-il une station à air chaud pour un QFP ?
Non : le QFP a ses pattes accessibles, il se soude très bien au fer par drag-soldering. L’air chaud reste réservé aux boîtiers à billes cachées (BGA) ou au dessoudage global.
Le drag-soldering marche-t-il sans flux ?
Non : sans flux généreux, le drag crée des ponts partout. Le flux est l’ingrédient central qui répartit l’étain sur chaque patte par tension de surface.
Peut-on souder un QFP sans loupe ?
Difficilement au-delà d’un certain pas de pattes : on ne contrôle bien que ce qu’on voit. Une loupe ou un binoculaire devient indispensable pour repérer les ponts fins et vérifier l’alignement patte à patte.
